BAISE MOI (PAS) ! Pétition nationale contre la censure. Les Inrockuptibles

Il s’agit d’une pétition initialement publié dans les Inrockuptibles par le collectif « Les Artistes » en avril 2001.
Cette pétition fut rédigée suite à la plainte déposée à Bordeaux contre une exposition d’art contemporain intitulée « Présumés Innocents - l’art contemporain et l’enfance ». La plainte visait non seulement les organisateurs de l’exposition, mais aussi les artistes participants et certaines oeuvres dont il était demandé la destruction.
A ce jour (février 2010) l’affaire dure toujours, lire à ce sujet l’article récent « Présumés justiciables » publié en page précédente.
M’étant fortement impliqué au sein de ce collectif, je me permets de reproduire la pétition ici. Toutefois l’intégralité des textes rédigés par le collectif reste consultable à l’adresse suivante :
http://lecollectif.free.fr/index.html Concernant les circonstances politiques qui ont amené à l’adoption des articles 227-23 & 24 du code pénal en 1993 on trouvera de très utiles renseignements ici.

BAISE MOI (PAS) !



Virginie Despentes-Catherine Breillat. Martin Scorcese, Mathieu Lindon, ont été censurés. Ces affaires ont occupé la Une des médias.
Mais Gloria Friedmann, Jean-Marc Bustamante, René Guiffrey, Paul Mac Carthy, Daniel Schlier, l’Atelier Van Lieshout, Nick Van de Steeg. Qui connaît ces artistes parmi des dizaines, encore plus humbles et anonymes également censurés, vu le silence relatif des médias, de l’opinion et des pouvoirs publics à leur égard, comme si, à la condition de peintre, sculpteur, plasticien-censuré, devait s’attacher l’opprobre supplémentaire de l’indifférence.

Le fait est grave. La censure contre les œuvres d’art contemporain est devenue presque banale en France aujourd’hui, et pour cela nul besoin de rédiger méticuleusement une Fatwa : il suffit d’un claquement de doigts. L’édile fait :«J’aime j’aime pas, ôtez- moi ça ».

Plus grave encore. Les faits de censure contre des œuvres d’art contemporain surgissent le plus souvent dans le giron d’institutions subventionnées
en principe pour conserver, mettre en valeur l’art contemporain, mais qui le cas échéant se révèlent incapables de faire face aux menées réactionnaires d’associations intégristes ou de quelques élus démagogues sans doute encouragés moralement par les philippiques de certains intellectuels atrabilaires.

Pire. Fréquemment dans ces affaires, l’artiste se retrouve seul pour faire réhabiliter son exposition supprimée ou détruite. Et si, ayant eu le courage, l’énergie, la patience (plusieurs années) et les moyens financiers d’affronter ses censeurs en justice il gagne
car, le plus souvent, l’artiste gagne en justice mais toujours trop tard le tort subi irrémédiablement est, au mieux, compensé, jamais réparé.

Faux paradoxe de la société ultra-libérale médiatique : il est plus facile aujourd’hui pour une starlette de protéger son image galvaudée dans un magazine à scandale, que pour le meilleur des artistes de protéger son œuvre dans un centre d’art ou un musée.

Artistes, peintres, sculpteurs, plasticiens… nous n’accepterons pas d’être l’avant-garde des cobayes silencieux d’apprentis sorciers censeurs ou autocenseurs, qui entendent remplacer l’art contemporain par des O.P.M. (Oeuvres Politiquement Modifiées
qui résisteraient aux germes de la démocratie), simples expériences préliminaires, n’en doutons pas, à la mise en coupe réglée des autres domaines de l’expression et de la création.
À ceux-ci, et aux autorités politiques qui refusent de prendre leurs responsabilités et cautionnent de facto ces dérives attentatoires aux libertés les plus fondamentales nous disons donc : BAISE MOI (PAS) !


Il y a non-assistance à œuvres d’art en danger. Par conséquent nous demandons l’institution dans le code pénal d’un « délit d’atteinte à la vie artistique » qui, comme pour les atteintes à la vie privée, autoriserait la saisie de la justice en référé pour faire constater la censure infligée aux œuvres ou à l’exposition, déclencher des poursuites, et engendrer des pénalités financières dissuasives par œuvre censurée et par jour.

Nous voulons retourner les contraintes de la censure, du censuré contre les censeurs.

Nous demandons, dans le cas ou les œuvres censurées auraient bénéficié à un titre ou à un autre de subventions publiques, que l’Etat, dans un souci de cohérence et de responsabilité, se porte solidaire des procédures engagées, et qu’en outre il s’engage à prendre à sa charge tous les frais d’avocats et de justice pesant sur l’artiste.

Nous demandons une adaptation du statut juridique des directeurs d’institutions artistiques subventionnées pour que ceux-ci aient l’obligation et le pouvoir légal de s’opposer à toute entreprise de censure contre les œuvres dont ils ont pris la charge.

Nous demandons l’abrogation dans le code pénal de l’article « jolibois », ou son remplacement par un article compatible avec la liberté artistique et le droit d’expression.

Nous exigeons que soit constituée d’urgence sous l’égide du Premier ministre, une commission ad-hoc comprenant des artistes, des parlementaires, des militants des droits de l’Homme, et des juristes afin de mettre au point un ensemble de propositions législatives appropriées, susceptibles d’être soumises au gouvernement et adoptables rapidement par le Parlement.


Le collectif « les artistes » (L’art, c’est ce que font les artistes)

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PETITION NATIONALE
CONTRE LA CENSURE DANS L’ART.
À Mm. Et Mme. Jospin, Tasca et Duffour.

déclaration.

1) Les réalisations artistiques sont des œuvres de l’esprit exprimant une vision du monde émanant de l’artiste. À ce titre, elles relèvent du droit démocratique à la liberté d’expression et comme telles, doivent bénéficier, notamment dans le cadre de la loi, de la protection de la société.
2) Nul ne saurait se substituer abusivement à la loi et aux juges dans le but éventuel de faire modifier ou supprimer arbitrairement une exposition ou une œuvre d’art existantes.
3) Tout acte de censure doit donc pouvoir être contrecarré immédiatement et efficacement.


Je proteste contre la censure de plus en plus fréquente en France, particulièrement contre les œuvres d’art contemporain.
Je suis solidaire de tous les artistes censurés et des œuvres censurées.

Me considérant solidairement co-victime des actes de censure, en particulier dans l’art contemporain, j’exige une modification de la loi pour stopper ces dérives attentatoires à l’art, à la liberté d’expression et indignes de notre démocratie.


Nom, profession.
Premiers signataires :

Olivier blanckart, contemporary art, scotchtape sculpture,