CÉCILIA EST BONNE

Ce texte diffusé juste après l’élection présidentielle de 2007, tente de décrypter une histoire de sexe et d’images qui a finalement bifurqué dans une direction sans aucun doute différente, mais en fait pas opposée.
Un scénario différent, avec des éléments similaires. Il arrive qu’on se trompe sur l’Histoire, ou que l’Histoire nous trompe. Il subsiste pourtant un sens général qui ne nous avait pas échappé tant que ça.....

CECILIA EST BONNE
(ou, La Périchole au zoo de ses paparazzi)




L’an 220 avant Sophia Coppola.
C’est Marine le Pen qui durant la campagne présidentielle de 2007 a le mieux esquissé la carte de la situation.

Elle avait attaqué Cécilia Sarkozy qui s'était déclarée « fière  de n’avoir pas une goutte de sang français dans les veines » en 2004, et le silence supposément complaisant des médias sur les causes de son étrange absence durant la campagne électorale. Marine Le Pen se prétendait d’autant plus choquée que Cécilia Sarkozi était sic :« candidate à être la première dame de France ».


Traiter ainsi de candidate à une fonction qui n’existe pas l’épouse d’un homme politique, a fortiori quand celle-ci s’est précisément abstenue de s’afficher pendant la bataille électorale tout en y amalgamant sous-entendus d’alcôve et insinuations racistes est bien dans la manière de l'extrême-droite. Mais par delà sa vulgarité coutumière, la sortie de Marine Le Pen n'avait rien de gratuit : elle tentait ni plus ni moins de jouer avec des souvenirs fantasmatiques profondément ancrés dans la mémoire collective nationale. En l’an 220 avant Sophia Coppola par exemple, les chansons sur Marie-Antoinette qui l’accusaient crûment d’être tout à la fois une étrangère et une salope sexuelle n’étaient pas composées par Air ou Aphex Twin,




Dame patronesse versus Meuf pas trop nase.


Cependant aujourd’hui l’expression Première Dame de France, quoique d’essence monarchique, en est venue à recouvrir implicitement deux archétypes nettement antagoniques.
Dans la première acception nous avons la figure de l'épouse du monarque, Reine ou Impératrice. Belle de préférence et bénéficiant du même titre de son époux, elle ne subsiste peu ou prou dans la mémoire populaire que comme une manipulatrice cosmopolite, dépensière et quasi-putain.

Dans la seconde acception on trouve l’Epouse-de-Président, qui, par vertu républicaine pléonastique, se devrait nécessairement d’être, et dans cet ordre –bonne épouse, bonne mère, puis méritante grand-mère.


Ainsi, pour s’en tenir aux dernières décennies et sans remonter à l'inénarrable tante Yvonne de Gaulle, on sait désormais que, pour satisfaire au mythe, Danièle Mitterrand eut l'abnégation de rompre avec son professeur de gym avec qui elle formait pourtant avant 1981 un ménage à trois des plus consensuels, qu’Anne-Aymone Giscard d’Estaing –dont Valéry s'était abstenu de divorcer sur les conseils de François Mitterrand– joua la plante verte avec un talent qui honorait son prénom, et nous ne commenterons pas le rôle tenu dernièrement par la rombière aux pièces jaunes du ci-devant président Chirac.

Par contre il n’est pas inutile de relever ici que Madame Pompidou, qui avait eu le talent d’être restée une personnalité élégante et cultivée après avoir été belle, fut accusée comme on pouvait s’y attendre des pires turpitudes sexuelles.

Jospiner silencieusement du chef, comme pour dire :
« j’assume pleinement la responsabilité de la victoire politique de mon mari et j’en tire les conséquences en me retirant de la vie sexuelle dès la fin de l'élection présidentielle», telle semblait être la règle tacite qui s’imposait jusqu’ici aux épouses des Président de la République.

Héroïne du sexe-fable.
Ce qui désormais se joue par médias interposés sous nos yeux, entre Cécilia et Sarkozy, est donc assez nouveau.
Non seulement Cécilia, ne s’est pas retirée de la vie sexuelle, mais quoique que mère de trois
plus deux enfants, elle apparaît en cela même, publiquement, dans sa pleine capacité sexuelle. Ou si l’on préfère, elle s’est affichée, malgré cela, non seulement comme encore sexuellement active, mais pire, comme amante sexuellement disponible !
Ce mode de paraître rompt, aussi bien avec le vertueux registre républicain-des-familles, qu’avec celui, pétainiste, de la mère méritante récemment réactivée à la sauce ségolèno-boutiniste. (Et ne parlons même pas du modèle Wonder-Women Intellectuelle inauguré dans la décennie 1990 par les Hillary Cinton, Cherry Blair, voire Sylviane Agazinsky, nous serions ici hors-sujet : Jacques Martin n'était pas Jacques Derrida).


ni les VIP du Fouquet's de joyeux normalien. C’est donc peut-être, comme le pressentait sans le comprendre Marine le Pen, qu’on est en train de basculer dans une ère monarchique nouvelle, vers un style néo-bonapartiste en version contemporaine, c’est à dire aristo-trash et jet-seté.
Comme de juste a quincaillerie de marque
grosses montres pendouillantes aux poignets (couverture de Paris Match 22 mai 2007), yachts d'amilliardaires, destinations dorées, tout comme comme le bronzage et les tignasses peroxydées constitueront le vernis obligé de tout ce bazar.
Mais le socle de ce qui se profile sera une fable à base de sexe intitulée : Cécilia ou les tourments du sexe-fable.

Dans l'intimité du President.
Cecilia_Attias SARKO FAMILY LONDON PMATCH

Si l’on a gardé le souvenir de l’escapade de Cécilia et de son amant à New-York en couverture du Paris-Match d'août 2005,
puis, dans une moindre mesure du reportage pseudo-planqué montrant toute la famille S. soi-disant rabibochée à Londres en juin 2006 (encore Paris-Match), ces jours-ci, c'est sur le VSD daté du 9 mai 2007, c'est à dire trois jours après le deuxième tour de l’élection présidentielle, qu'il importe de s’attarder,la couverture de ce numéro ayant selon nous valeur d'image-programme pour les cinq années qui viennent.


COUVE VSD SARKO 9052007

Au dessus d’un titre au délicat double sens :«  Dans l'intimité du Président », se déploie une photo en pieds de Nicolas et Cécilia, bronzés, souriants et marchant côte à côte dans ce qui ressemble à une ruelle du sud.
Au premier plan, Nicolas Sarkozy bras levé et index tendu comme dans les meilleures images de propagande soviétique des années 20, désigne à Cécilia un truc qu’il a aperçu et qui semble le désopiler.
Le truc est hors-champ, et, si l’on en juge par la direction de son geste et de son regard, le truc est en hauteur. Voire très en hauteur même, car Nicolas, à cet instant, est clairement dressé... sur la pointe des pieds. Et justement ça tombe bien, car comme ça, Nicolas parait quasiment de la même taille que sa grande femme. Ainsi par les grâces conjuguées du cadrage, de l’optique photographique et du premier plan, Nicolas Sarkozi cesse instantannément d’être le nain cocu jadis humilié par des paparazzi, tandis que le Président nouvellement élu, enfin délesté de sa dépouille de candidat stressé, se transfigure d’un coup en mari détendu entraînant gaiement sa femme par la main. Et tel est le premier message délivré par cette photo.

Cécilia ensuite –total-look Prada de la tête aux pieds– n’est pas moins intéressante à détailler.
Sa robe, très légère et près du corps sans être moulante, se divise juste au dessous la commissure des seins, laissant ainsi sa gorge complètement dénudée tout en couvrant ce qu’il faut de poitrine.
En un effet d'instantané tout aussi crédible que la posture hardie de son mari, la jambe droite de Cécilia figée en avant à cinq centimetres au dessus du sol, figure la foulée délicate de la marcheuse en sandales très chères et fragiles en train d'enchaîner son pas. Mais bien que dissimulée derrière des lunettes noires, on voit clairement que son regard n’est dirigé ni vers le pavé incertain, ni vers le truc bidon que désigne son mari, mais vers le truc bien réel qu’exhibe le photographe.

Or ce que le truc du photographe saisit lui, en cet instant décisif, n’est rien moins que le téton érigé de Cécilia qui pointe nettement sous l’étoffe fine de sa robe.
Est-ce d’avoir volontairement omis de passer un soutien gorge ou d’avoir mal positionné ses patchs adhésifs ? toujours est-il que si le dévoilement de la gorge est une licence vestimentaire mondaine admise depuis des siècles, l'érection du bouton de l'aréole –comme toute autre érection « dès lors qu’elle est susceptible d’etre perçue », pour parler comme le code pénal (art 227-24)– n’est interprétable
que comme un signe sexuel.
Le phénomène observé est trop rare pour que, au risque de la cuistrerie, on ne le décrypte avec le vocabulaire approprié, à savoir : sous nos yeux, un spécimen presque physiquement pur du
punctum barthésien courbant vers lui tout l’espace-temps sémantique de la photographie. Et le punctum fusionnant ici avec le bouton forme en cet instant décisif rien moins que « le signe de Cécilia ».
Et tel est le second message, scrupulaire mais cependant net, délivré par cette photo : Fini le temps des bobonnes, Cécilia est bonne!
Peu importe avec qui d’ailleurs : celui qui en fait des tonnes, là sur la gauche, ou un autre,
l’autre (symbolisé par ce fantôme qu’on a effacé sur la droite du cliché sans toutefois le faire disparaître totalement?) ou même toi, spectarazzi toujours insatisfait et sachant mater ou il faut....

A ce stade, il faut préciser que cette photo supposée nous introduire dans « l’intimité du nouveau président » n’a pas été prise durant la fameuse escapade présidentielle à l'île de Malte au lendemain de l’élection. Elle a été prise neuf mois plus tôt aux Baux de Provence, le 29 juillet 2006 au mariage de l’acteur Jean Reno dont Nicolas Sarkozy, encore « simple » ministre de l’intérieur, était le témoin. La précision n’est pas anodine, car à cette époque, l’escapade américaine de Cécilia était encore très présente dans les esprits. Pour Nicolas Sarkozy cette performance estivale du couple en milieu people, avait donc une valeur symbolique de parade glorieuse aussi bien qu’amoureuse, c’est à dire
glamour.

Pour autant, on aurait tort de ravaler tout ceci à du mauvais Vaudeville. Certes, VSD bidonne sa couverture en faisant passer une photo d’archive pour une actu, et certes les maquettistes de VSD pour faire bonne mesure n’ont pas hésité à incruster entre le nombril et le pubis de Cécilia, et juste à hauteur de la ceinture de Nicolas, cette confession supposée de l’épouse du vainqueur « qu’il ose un peu de douceur ». Car tel est le troisième message délivré par cette photo : c’est à ce niveau anatomique que ça va se passer dans l’avenir.

Oui, on aurait tort de sous-estimer ce à quoi nous assistons, car c’est rien moins qu’une coproduction savamment orchestrée du mari, de la femme et de la presse people.
Lui, ayant besoin de s’afficher publiquement avec cette épouse durement reconquise n’a pas pour autant intéret à laisser croire qu’elle est domestiquée, une femme-Bucéphale même assez légèrement vêtue étant plus bénéfique pour sa gloire qu’une Rossinante sous Prozac.

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Elle, semblant désormais coopérer à la Kennedysation artificielle de la nouvelle saga présidentielle –avec le petit Louis en John-John– va jouer sous peu son rôle avec tout ce qu’il faut de retenue, (« Cécilia Sarkozy, Maman Glamour à l’Elysée »–couverture de Gala du 23 mai 2007). Car si elle s’est sans doute imaginée en Jackie naguère, il est vraisemblable que pour tenir le coup aujourd’hui, cette femme à étapes s’est d’ores et déjà projetée mentalement dans sa future période Onassis.


L’été des seins nus de Jackie.

La publication dans les journaux de photos de Jackie Kennedy-Onassis nue sur une plage grecque durant l’été 1975 et le scandale qui s’ensuivit signalèrent le commencement d’une ère nouvelle.

Vingt-cinq ans avant le triomphe du Berlusconisme, les élites mondialisées de la puissance politique, financière et artistique, découvraient la seule frayère véritablement digne de recueillir les fruits de leurs appariements et d’en assurer la redissémination aux quatre coins de la planète. Ainsi, sous la nouvelle règle du « no limit » la vieille presse à sensation allait devenir la presse People en toute complicité objective avec ses victimes mêmes. (« I wanna be your Tampax » dixit Charles à Camilla – en attendant les vidéos annoncée des ultimes râles d’agonie de Diana). En ce fameux été des seins nus de Jackie, la jeune Cécilia Ciganer Albeniz n’était encore qu’une jeune fille de 17 ans. Mais l’actuelle Madame Cécilia Sarkozy est, à l'évidence du téton pointé sous sa robe, un rejeton de cette ère la.
jackie-kennedy
Ce n’est pas Philippe Warrin qui nous contredira. Pour avoir beaucoup « couvert » Loana et quelques autres bimbos du même acabit auparavant, il vient d’etre promu photographe officiel du nouveau régime par Cécilia Sarkozy en personne.
sarkozy official portrait

Quand à Arnaud Lagardère, un patron de presse et d’industrie parmi les plus puissants d’Europe, il assume –personnellement au besoin– le rôle de petit télégraphiste entre Cécilia et Sarkozy et les quelques journalistes mal soumis qui subsistent encore résiduellement dans les journaux qu’il possède. Apparemment donc, la situation devient assez grotesque.


Néanmoins ce n’est pas totalement sans précédent : qui se souvient qu’en 1969, en marge du portrait officiel du Président Georges Pompidou qui était affiché dans toutes les mairies et les écoles de France, on pouvait lire en petits caractères en penchant la tête : « photo François Pagès, Paris-Match ». Déjà.

Il n’empêche, le spectacle ne fait que commencer.






Olivier blanckart, contemporary art, scotchtape sculpture,