SI J'ÉTAIS INTÉGRISTE...

Le bref texte ci-dessous est la première version courte et coléreuse de ce que deviendra le long texte théorique et juridique qui suit dans le post d’après, sous le titre « Art Loi Censure et Solution »

Si j'étais intégriste...


Si j'étais intégriste, je remercierais le ciel pour ce Christophe Girard, maire adjoint de Paris qui a fait interdire aux moins de 18 ans une exposition d'art contemporain au Musée d'art moderne, sans que ni moi, mes amis ou un juge, n'eussions à lever le petit doigt.

Si j'étais intégriste, je remercierais le ciel d'avoir laissé élire cette municipalité de gauche parisienne et officiellement "gay-friendly", mais qui me craint tant qu'elle fait éditer le catalogue d'une exposition supposément sulfureuse à l'étranger, comme aux plus beaux jours des libelles, sous l'ancien régime.

Si j'étais intégriste, je remercierais le ciel pour le philosophe de gauche et supporter de Ségolène Royal, Yves Michaud, pourfendeur de "l'art contemporain à l'état gazeux", qui a déclaré sur France Culture « qu'on pourrait ouvrir un débat sur la castration chimique y compris pour Polanski ».

Si j'étais intégriste, je remercierais le ciel de nous avoir suscité une Ségolène Royal qui me permet de voter en accord avec mes valeurs, même quand Christine Boutin est absente au second tour.

Si j'étais intégriste, je remercierais le ciel pour cette gauche qui, depuis 18 ans, a laissé inscrire dans la loi française un article rédigé à l'instigation de
mes amis, et qui autorise désormais à confondre —contre toute évidence— des oeuvres d'art avec de la pédopornographie.

Si j'étais intégriste, donc, je voterais sans hésiter en 2012 pour une gauche crainteuse pudibonde et familialiste, contre une droite bling-bling, gangrénée par le sexe et le fric.

Enfin, si j'étais Larry Clark, je remercierais le diable, qui, cette fois encore, m'aura épargné l'épreuve d'un examen critique sans concession qui aurait permis de trier, dans mon oeuvre, ce qui relève du regard d'avec le voyeurisme, et l'engagement artistique d'avec la complaisance perverse.
Car maintenant, quoi qu'il arrive, le prochain qui bouge est un homme mort.

Olivier Blanckart, sculpteur

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