LE BRICOLAGE

Ce très bref texte a été rédigé en 2001 pour l’exposition « Bricolages » organisée par J-P Felley et O. Kayser à Kreutzlingen, en Suisse.

LE BRICOLAGE

Le bricolage est une activité relative, qui résulte d'un certain désœuvrement ou d' une certaine démunition.
Car le bricolage, fondamentalement, c'est l'art d'accommoder les restes. Les restes d'objets, de produits, d'images, évidemment, mais aussi c'est l'art d'accommoder les restes du travail avec le temps libre ou du moins le temps vacant.
Comme activité le bricolage mime les formes du travail, mais comme résultat le bricolage est l'inverse même de ce que génère en principe le travail
le profit, l'échangeable. Car la chose bricolée est essentiellement à destination locale, pour l'usage particulier et voué à la satisfaction directe.

Evidemment, bricoler un système de récupération des eaux de pluie pour arroser son jardin en Europe, ou bricoler le toit d'un abri de fortune qui fuit dans un camp de réfugiés en Afrique ne sont pas des actes de même portée. Pourtant, dans chaque action s'exprime la nécessité vitale d'autonomie de l'
homo faber malgré les limites imposées par le contexte : espace insuffisant ou contraint, moyens manquants, oisiveté imposée (congés, retraite, détention, déportation).

En inventant les quasi-objets au début des années 90, je m'employais à remplir le temps qui me restait après les heures de travail salarié pour réaliser des œuvres à partir des matériaux résiduels de mes performances en SDF dans la rue : carton d'emballage, papier, scotch d' emballage.
La particularité des quasi-objets est d'osciller tour à tour entre le dessin (dans le cas des découpages plats) la sculpture (ex. les animaux) et l'objet à usage réel possible (le bateau, la selle de cheval, les gants de boxe…). A cette ambivalence d'usage s'ajoute l'ambivalence de perception de ces objets suivant qu'ils peuvent être vus dans une vitrine de magasin, un musée ou un lieu de travail professionnel, car outre que le public les perçoit différemment à chaque fois, on ne sait pas toujours bien quel statut accorder à l'activité de celui qui fait ces objets : sculpteur? décorateur amateur ? bricoleur ?
Ces dernières années l'évolution de mon travail m'a amené à utiliser comme matière première quelques restes omniprésents dans la société contemporaine : des images célèbres de la culture populaire (images de pochette de disque, photos de violence politique) que je réinterprète en volume par assemblage de matériaux d'emballage.

L'efficacité de ces œuvres est assez bonne, car leur réalité visuelle entre de plein fouet en collision avec le détournement palpable que les images d'origine ayant servi de modèle, d'une part, et les matériaux constitutifs de la sculpture, d'autre part, ont subi pour aboutir à ce résultat, recoupant en cela ce qui nous fascine généralement dans l'objet bricolé : son efficacité pratique immédiate apparaît renforcée par la dérision contradictoire des moyens qui la constituent. C'est un objet anarchiste.

Olivier blanckart, contemporary art, scotchtape sculpture,