MUSÉE DE L'HISTOIRE DE FRANCE : POUR UN CYNISME ECLAIRÉ

Ce tout petit texte iconoclaste et déjanté sur le château de Versailles a FAILLI être publié par Le Monde... avant d’y être censuré.
En recevant mon texte, Nathaniel Herzberg avait d’abord eu l’imprudence de m’appeler personnellement pour me prévenir qu’il paraîtrait dans l’édition du 2 octobre 2010, à l’occasion d’une double page que le journal entendait consacrer à l’exposition Murakami à Versailles …
Mais c’était sans compter sans le mollah qui régentait alors la madrassa du Service Culture du quotidien, et qui eut tôt fait de signifier à son collègue pas très au fait des micro-intrigues de l’art contemporain, qu’une fatwa était en vigueur contre moi.
Moyennant quoi, mon texte allait être rétrogradé. De l’édition imprimée, vers Le Monde.fr, pour n’être finalement....jamais publié du tout !!


Gérard Courtois a cru devoir se justifier de cet escamotage de mon texte par des impératifs économiques « Il se trouve que nous jonglons avec des paramètres aussi triviaux que la taille non extensible des pages du Monde et la nécessité (évidemment regrettable dans un monde idéal ou irénique) d'y accueillir des encarts publicitaires: en l'occurrence, dans la double page que nous consacrons aujourd'hui à l'expo Murakami à Versailles, un quart de page qui contribuera à assurer les fins de mois du journal ».
De les faîts le journal avait cédé toute la place à une philipique anti-art contemporain de l’historien d’anti extrême-gauche Marc Fumaroli.

Quoi qu’il en soit, c’est à ma connaissance le seul exemple de « censure fantôme » aussi voyant —mon texte se trouve annoncé dans l’édition imprimée du journal qui renvoie le lecteur au site du Monde.fr, et sur le site : RIEN. Encore bravo pour cette brillante tare de pousse-pousse.


Le censure fantôme

Musée de l'Histoire de France : pour un cynisme éclairé


Pour une fois que M. Gaïno avait eu une bonne idée et que le Président Sarkozy aussi : il devait se créer un grand Musée de l'Histoire de France.
Il y aurait eu de quoi faire, car notre Histoire est longue, variée, parfois belle et tantôt terrifiante, autrement dit c'est un récit
et même un Grand Récit.
Mais voilà : de grandes idées en petites réflexions et de petites réflexions en minuscules arbitrages, le grand fleuve promis s'est réduit peu à peu à un maîgre ruisselet, enlisé dans le Marais.

Mieux eut valu rien, plutôt que cette histoire minuscule et à dormir debout. Personne n'est content , tout le monde est déçu et le reste est furieux. Une fois encore la Frustrocratie a gagné contre l'ambition, n'est ce pas l'essentiel ?

Alors, si tout est perdu fors l'imagination, qui est l'honneur des artistes, il faut rêver sans entraves.
Donc, je rêve encore que contre Versailles
tout contre on va créer un gigantesque Parc Historial de France. Un Versailles II qui commencera par Lascaux III et finira par De Gaulle IV et les accords de Maastricht.
Là, via la Galerie des Batailles, le public passera sans heurts du premier parc à thème jamais imaginé dans l'histoire, au plus sophistiqué des parcs de loisirs culturels contemporain, qui nonobstant la rigueur scientifique, s'inspirera de ce qu'il y a de plus convaincant à Euro-Dysney, Las Vegas, le Futuroscope, Thoiry ou le Puy du Fou.
Là, comme dans le film le Nom de la Rose la qualité des spectacles, reconstitutions et autres cinéscénies, ne le cédera en rien à la rigueur historique et pédagogique.
Là encore, les meilleurs chercheurs en Histoire seront aussi bien accueillis dans leur vaste centre de recherche que les familles sans histoire en villégiature pour trois heures ou trois jours dans un parc conçu par les plus grands paysagistes jardiniers et artistes mondiaux.

Louis XIV fut l'inventeur génial d'une machine spectaculaire et finalement révolutionnaire, qui fit pourrir la noblesse et travailler des milliers d'artistes.
C'est pourquoi on aurait tort de mésestimer la petite entreprise de Jean-Jacques Aillagon. qui en invitant l'artiste kitsh et décoratif Murakami fait preuve d'un véritable cynisme éclairé. Au lieu de susciter une réprobation au premier degré, l'exemple devrait au contraire nous inciter à aller plus loin, beaucoup plus loin.
Le jeu en vaudrait la chandelle : quelques centaines de frustrocrates à annihiler contre des millions de visiteurs de plus à enchanter et de coeurs intelligents à gagner, pour des générations.

Olivier Blanckart
sculpteur

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