MITTERRAND LE PETIT

Suite au saccage de deux photos de Serrano à la Collection Lambert d’Avignon le 17 avril 2011, la réaction du Ministre de la Culture Frédéric Mitterrand avait été d’une lâcheté inexcusable qui, dès cet instant, le disqualifiait définitivement.
On n’est jamais si bien marronné que par un ancien « nègre » : en d’autres termes le titre de ce bref pamphlet m’a par la suite été pillé sans vergogne par l’excellent Frédéric Martel dans une interview à l’Express , tout comme il l’avait été aussi par le magazine Marianne, le 30 juillet 2011....

Mitterrand-le-Petit


La vitesse à laquelle la prose peut se révéler caduque –puis en fait non– est un assez bon indicateur du chaos politique ambiant.
Ainsi il y a trois ans, je notais dans mes carnets :
"Le feuilleton qui a abouti en 2008 à la nomination de Frédéric Mitterrand au poste de directeur de l'Académie de France à Rome aura eu au moins le mérite de révéler au grand jour ce qu'est devenue aujourd'hui la Villa Médicis : une unité de soins palliatifs pour courtisans grimaçants. Dans cette comédie du pouvoir dont il connaissait les scénaristes aussi bien que les coulisses, l'autre candidat malheureux, Olivier Poivre d'Arvor, ne tenait pourtant pas le rôle du Rosier de Madame Husson. Mais son expérience, reconnue, son projet, longuement mûri, et sa proximité avec les artistes lui conféraient une indéniable légitimité. De plus, en se rebellant contre le fait du prince il commit l'imprudence de montrer qu'il avait aussi du courage, quand Mitterrand-le-Petit n'avait que de l'ambition. Ce fut alors un duel où l'un empruntait un peu son nom, mais l'autre beaucoup son oncle. Celui-ci était pourtant bien putréfié. Mais celui-la étant disgracié, c'est la pourriture qui l'emporta. Moralité :« Rien ne frère de courir, ce que tête de neveu Dieu le veut".

En quelques mois à peine cependant, j'avais cru l'observation périmée étant donné la vitesse à laquelle l'animal était devenu ensuite ministre de la Culture.
Possédait-il au moins les qualités requises ? A vrai dire on n'eut guère le loisir de s'interroger vu qu'une cabale sordide prenant prétexte de son roman autobiographique "La mauvaise vie" contraignit les républicains honnêtes à faire front solidaire devant la violence des attaques orchestrées par des catholiques extrémistes et le FN.
Et puis, un homme dont la nomination enflammait si spontanément la colère des milieux les plus obscurantistes pouvait-il être tout a fait mauvais ?
Cependant au fil des dossiers la question de sa compétence, c'est-à-dire de sa capacité à agir avec la puissance légitime et surtout l'à propos requis d'un ministre de le République, allait se poser de façon récurrente. Loi hadopi, Maison de l'histoire de France, Hôtel de la Marine, complaisance pour le régime tunisien en perdition, célébration nationale —ahurissante— de Céline, éviction arbitraire d'Olivier Py –ça commencait à faire beaucoup– et on passe sur ses silences gênants : l'un, contraint mais soi-disant statégique, dans l'affaire Polanski, et l'autre, bassement politicien, dans l'affaire de la censure contre Larry Clark.
Mais le pire est arrivé récemment. Dimanche 17 avril 2011 on le sait, un groupe de catholiques extrémistes et sans doute proches du FN a molesté des gardiens de la fondation Lambert à Avignon puis vandalisé deux oeuvres d'Andres Serrano à coup de pic à glace et aux cris de
"Vive Dieu".
Ces actes d'une violence exceptionnelle étant fomentés par des groupuscules dont il est par ailleurs une tête de turc favorite depuis sa nomination, qu'allait donc faire notre courageux ministre de la Culture ? Il se contenta de "
déplorer" la destruction des oeuvres, "tout en reconnaissant" que l'une des deux "pouvait choquer certains publics".
La parole politique, quand elle est dévoyée à ce point par la veulerie politicienne est toujours d'une subtilité accablante : gageons que si la fondation Lambert avait été incendiée notre pondéré ministre n'eut pas manqué d'exprimer sa "désolation" au propriétaire et à l'assureur, tandis que si un gardien avait été achevé à coup de pic à glace il n'eût alors pas manqué d'exprimer ses "regrets" aux collègues et à la famille. Un sanglot court donc, que dis-je, un hoquet, et encore, édulcoré par une dosette de reconnaissance pénitentielle. "Déplorable", le mot est juste, du moins ironiquement, et je ris d'avance à la plaidoirie des cinq abrutis qu'on arrêtera bientôt :"Ah Madame la Présidente ! "reconnaissez" tout de même "qu'une des deux oeuvres pouvait choquer"... allez ! vous n'allez tout de même pas faire votre Marie-Madeleine républicaine, plus républicaine que notre ministre de la Culture juste pour deux photos cassées tout de même ?"

Une pareille inconsistance est tout simplement indigne d'un ministre. Offrir ainsi
de facto, et comme sur un plateau, une sorte de "reconnaissance" symbolique à des factions dangereuses, organisées et désormais susceptibles de passer à l'acte est également irresponsable et même franchement dangereux, car désormais artistes et musées ont bien compris qu'en cas de péril ils ne pourront compter que sur eux-mêmes.

La réaction de Frédéric Mitterrand trahit aussi la profonde inculture qui sous-tend son hypocrisie. Même un jésuite ne se serait pas hasardé à "
reconnaitre" des vertus "choquantes" à une oeuvre qui n'est en réalité que provocante. Ce n'est pas ici un détail casuistique, mais bien une question fondamentale.
L'oeuvre de Serrano ne contient aucune de ces représentations choquantes, violentes ou explicites qui caractérisent une scène pornographique, ou les photos de torture faites à Guantanamo par exemple.
En revanche, Serrano pousse jusqu'à la limite la provocation de nos consciences à travers la dynamique humorale et mortifère qui, de part en part, traverse la passion christique ressassée, en particulier dans un certain catholicisme ibérique et latin-américain au sein duquel Serrano a baigné.
"Mangez ceci est mon corps", "buvez en tous, car ceci est mon sang", un soldat perce-t-il le coté de Jésus crucifié avec sa lance ? "aussitôt il sortit du sang et de l'eau" et dès lors comment ne pas imaginer, je dis bien imaginer, mais en toute logique, qu'en défunctant les sphincters du corps supplicié de Jésus ne se soient soudainement relâchés ?
Or Serranno ne représente rien de tel, ni scène corporelle, ni torture. Il utilise un simple accessoire d’idolâtrie, une pacotille symbolique tout aussi symboliquement immergée dans un liquide jaune et doucement éclairé, comme pourrait l'être un foetus photographié dans le liquide amniotique de sa mère et dont seul le titre —
"Piss Christ"— trahit par conséquent la dimension "provocatrice", je veux dire par là qu'il faut au minimum savoir lire le titre pour commencer à comprendre, car pour ce qui est de l'image elle-même, un enfant de cinq ans n'y verrait strictement rien de choquant....
Quand une oeuvre d'art est provoquante c'est qu'elle joue intrinsèquement son rôle, mais quand une oeuvre d'art est choquante elle ne l'est qu'extrinsèquement —ce qui en d'autres termes signifie qu'en démocratie, nul n'est forcé d'aller voir contre son gré quelque chose qui lui déplaît— voilà ce qu'en substance, un ministre de la Culture normalement constitué aurait dû dire.


Patiemment jusqu'ici, on avait supporté les incompétences de Frédéric Mitterrand, enduré ses à-peu-près, et même compati parfois à ses impuissances. Cette fois, sa couardise coupable ne lui sera pas pardonnée.

Qu'est-ce que Frédéric Mitterrand, au fond ? Un avatar bobo de Michel Péricard. Pour l'éternité le présentateur narcissique d'une seule mais oh combien légendaire émission :
"Chef-d'oeuvre en péril... de moi même".
Un vieux rentier cathodique, aimable certes, et dont ce ne fut pas le moindre talent que d'avoir su transformer un vice privé –la flatterie mondaine– en vertu publique –l'admiration pédagogique. Mais sur son déclin, il ne vaut guère mieux que cet autre enfant des beaux quartiers, artiste relatif et plume molle comme lui, et qui, au crépuscule d'une vie passée à courtiser les génies avérés et les puissants véritables entreprit de circonvenir une vieille dame excessivement riche, tandis que lui entreprenait de trousser une vieille fille totalement sarkocufiée, la République. Et rétrospectivement on s'apercevra que le frédo-mitterrandisme, n'était rien d'autre que le haut-du-Banier du françois-marisme.

Pardon, mais. Tu as des moeurs tellement dépravées que, de ton propre aveux, tu te dégoûtes toi-même —même si on peut "
reconnaître" que tu le confesses dans un style si émouvant et si personnel qu'on pardonne volontiers l'écrivain.
Tu as défendu le régime dattier, dictatorial et purement mafieux d'un pays où tu avais tes petites et tes grandes habitudes dans des termes si cauteleux et grotesques à la fois qu'on pardonnerait presque la stupidité rustique d'une Michelle Alliot-Kouchner.
Tu ménages les plus violents de nos ennemis avec un cynisme mou si déplorable qu'à la limite on pardonnerait même à ces enfants de Marie tellement attardés qu'ils ne savent que tendre le poing droit quand l'art les frappe au cerveau gauche.
Tu vires de l'Odéon —très en avance, encore que de toute urgence— un metteur en scène jeune et au sommet de son art pour mettre à sa place un Bondy, certes de grands chemins, mais surtout très, très vieux renard de ton âge. La décision est tellement ubuesque et brutale que tout le milieu théâtral te tombe dessus, mais ces jours-ci tu répands dans la presse que tu es "mortifié" par cette tempête que tu as toi même déclenchée.
Sauf que cette fois ta vieille ficelle émotive est usée, et ça ne pardonne plus.

Tu t'es donc montré tour à tour, immoral, cynique, incompétent, autocratique, et avec l'affaire Serrano il apparaît que tu es nettement nuisible.
Alors puisque tu es si sensible à l'usage des mots, à leur sens, et puisque, à l'évidence tu comprends si bien le peuple tunisien, je suis sûr que tu me pardonneras de lui emprunter ce mot qui me monte à la gorge quand je pense à toi désormais : DEGAGE !!

Olivier Blanckart, sculpteur.

Olivier blanckart, contemporary art, scotchtape sculpture,